Quand vous allez à la cantine et que vous demandez du rab d'épinards, s'il n'y en a plus, que faîtes-vous? Vous prenez autre chose, rien d'autre ou
vous agressez le cuistot? Avec la planète, quand il n'y a plus rien, on continue: on défonce les placards, on fouille dans le frigidaire et on racle les fonds de tiroir.
Cela fait plus d’une semaine que nous vivons au-dessus de nos moyens. Nous sommes à découvert et notre compte plonge chaque jour un peu plus profond dans le rouge. Ca ressemble comme deux gouttes d’eau à un scénario qui se joue aujourd’hui à Wall Street, Tokyo, Paris, Londres et ailleurs, mais c'est en réalité beaucoup plus terre à terre que cela.
Le 23 septembre, c’était la date clef à partir de laquelle nous, les Humains, avions consommé tout ce que la planète s’évertue à produire en un an pour subvenir à nos besoins. C’était le «jour du dépassement», un concept anglais venu du Global Footprint Network, réseau dont le principal objectif est de fournir des outils pour mesurer l'impact des activités humaines sur la planète.
Alors imaginons ce monde où depuis le 23 septembre, c'est ceinture. On ne se déplace plus, on ne s’achète plus de vêtements, ni de crèmes pour le corps, ni de nouvel iPod, ni de voiture au Mondial de l’auto. Et cette diète totale doit durer jusqu’au 31 décembre. Autant vous dire que pour Noël, il faudra confectionner de jolies écharpes à partir de la laine de vos vieux pulls!
«A partir d’aujourd’hui jusqu’à la fin de l’année, nous puisons dans les réserves écologiques de la Terre aux dépens des générations futures» expliquait le fondateur du Global Footprint Network, Mathis Wackernaegel le 23 septembre. «Ca peut fonctionner pendant un temps, mais les déchets s’accumulent inexorablement et nous épuisons les ressources naturelles sur lesquelles l’économie mondiale est fondée.» Laquelle ne se porte déjà pas terriblement bien.
Depuis le 23 septembre, toutes les ressources naturelles que la Terre aura produites entre le 1er janvier et le 31 décembre 2008 ont été entièrement consommées par anticipation. Certes, la Terre a une capacité naturelle à renouveler ces ressources, mais notre demande actuelle dépasse de 40% cette capacité et nous consommons en un an ce que la planète met un an et quatre mois à produire.
Pourquoi le 23 septembre? En termes simples, le jour du dépassement est le jour où notre empreinte écologique totale (mesurée en hectares) est égale à la biocapacité (également mesurée en hectares) que la Nature peut régénérer en une année. Ce jour-là se calcule en mesurant le ratio entre la biocapacité globale disponible et l’empreinte écologique globale, le tout, multiplié par 365. On trouve alors le nombre de jours durant lesquels la biosphère peut subvenir à nos besoins. En 2008, cela donne 267 jours. Or, le 267ème jour de l’année est le 23 septembre.
Nous sommes donc à «découvert écologique». Et personne ne vient nous réclamer de rembourser notre dette. Le plus triste, c'est que
l’Overshoot Day tombe chaque année un peu plus tôt car notre gloutonnerie ne cesse d'augmenter. Le premier a eu lieu le 31 décembre 1986. Dix ans plus tard, nous utilisions déjà 15%
de plus que ce que la Terre pouvait produire. L’Overshoot Day tombait alors en novembre et l’an dernier, le 28 septembre.
sources : libé